# Posted on Saturday, 02 May 2009 at 9:34 AM

Poils-nenette

Poils-nenette
Un peu plus loin, on prend les arracheurs de dents, les bourreaux des coeurs, les prétencieuses, les pisseuses, les tire-au-flanc, les carrionneuses du dimanche et même les actrices de pacotilles, tortillées et tordues. Qu'on m'explique où marchent les grandes dames aux fourures blanches. Qu'on me case au milieu des saxophonistes, sur la grand rue des esplanades. Les frauduleuses sont belles à regarder. Quand ça vous abîme artère, ça veut bien s'aplatir sous votre regard; mon automatique de souffrière, vas! A languir sous mon trottoir, à baver sur mes cousins et à dormir sur les pupilles d'un papillon froissé par milles toisons piquantes. Petite hurleuse qui se mord trop les mains, comme elle coffre trop ses idéaux. Ma névrose atlantique amoureuse d'une lunatique stéréotype. Impétueuses fumeuses de grincements d'dents carrées. Je décide donc de terrer mes mirages dans un égoût peu profond, comme mon éventail qui éventre tout ce qui bouge. Rêves et trêves s'embrassent, s'engorgent, s'embarassent. puis se déroutent et vont rejoindre boulevards et layons de suplice. J'efface et je retrace comme un bouillon d'écriture malfaisantes. Courbées comme la dernière des danseuses éteintes, un bras dans l'autre, le coude dans le poignet, le jambe par dessus l'épaule, elle recrachera bientôt son tule, salivant comme un gastéropode en vrille; chaussons dénoués, chignon crépé, qu'elle a l'air simple et sublime. Pâle comme un chiffon propre, elle se déplace avec peine sur le parquet luisant encore, reflétant son sourire dernier, phosphorescente et astrale, qui trotine, bouquet de mûriers à la main. Quand l'amuseuse approche à grands pas, hululant ses vers et mâchonnant ses mots, mutante des bals et musettes, habituées des masques et chapitres aux chapeaux. Solstices d'été et soleil de bravoure, désaroi côtélé cousu avec du fil de plomb. Comme un détour sur lui-même, le bellâtre va sur la pointe des pieds, détrôné ce qu'il a toujours pris par surprise, les deux droites dans le dos, une gauche au pied, trébuche sur ma laideur, repart sur des courbettes. Son grand corps bruyant, qui craque comme l'eau. Mes bougies en équilibre sur le front et deux trois paroles à regretter, pas plus. Un ourlet de paupière, comme ceux que j'aime dégrafer, comme une bouche à avaler, mièvre et sucrée, c'est cela que je voulais vous voir raconter. Un courant d'air, une belle porte qui s'ouvre à deux battants; incohérent buveur de ciel au bourbon. vanillé et déshydraté, sèche et chicanante d'écumes. La chambre est déclouée, empreinte d'une ombre qui s'allume, luminescente. Je vais rester là, à attendre la nuit, fumée au poumon, verre à côté de la chaise. Le bellâtre court toujours, paraît-il. Un peu plus loin, il y a les rieurs et les peureuses, les enterrées et les tarées, les chanteuses et les criards. Une rue courante, qui cherche loin, ses ivrognes bon marché. De bon quartier. "

# Posted on Sunday, 01 March 2009 at 5:56 PM

Postcards from Italy

# Posted on Tuesday, 27 January 2009 at 3:15 PM

Hémoglobine dans un fundus gastrique

Hémoglobine dans un fundus gastrique
Enfoncé dans un vaste fauteil à oreillettes, les pieds sur les poires en vermeil des chenets, les pantoufles rôties par les bûches qui dardaient, en crépitant, comme cinglées par le souffle furieux d'un chalumeau, de vives flammes, il posa le vieil in-quarto qu'il lisait, sur une table, s'étira, alluma une cigarette, puis il se prit à rêver délicieusement, lancé à toutes brides sur une piste de souvenirs effacée depuis des mois et subitement retracée par le rappel d'un nom qui s'éveillait, sans motifs du reste, dans sa mémoire. Tel qu'un ermite, il était mûr pour l'isolement, harassé de la vie, n'attendant plus rien d'elle; il était accablé d'une lassitude immense, d'un besoin de recueillement. Depuis cette nuit ou, sans cause apparente, il avait évoqué le mélancolique souvenir de cette chair, il revécut toute son existence. Il était maintenant incapable de comprendre un mot aux volumes qu'ils consultait; ses yeux mêmes ne lisaient plus; il lui sembla que son esprit saturé de littérature et d'art se refusait à en absorber davantage. Il vivait sur lui-même, se nourrissait de sa propre substance, pareil à ces bêtes engourdies, tapies dans un trou, pendant l'hiver. Sa solitude avait agit sur son cerveau, de même qu'un narcotique. Après l'avoir tout d'abord énervé et tendu, elle amenait une torpeur hantée de songeries vagues. Elle annihilait ses desseins, brisait ses volontés, guidait un défilé de rêves qu'il subissait, passivement, sans même essayer de s'y soustraire. Le tas confus des lectures, des méditations artistiques, qu'il avait accumulées depuiq l'isolement, ainsi qu'un barrage pour arrêter le courant des anciens souvenirs, avait été brusquement emporté, et le flot s'ébranlait, culbutant le présent, l'avenir, noyant tout sous la nappe du passé, emplissant son esprit d'une immense étendue de tristesse sur laquelle nageaient, semblables à de ridicules épaves, des épisodes sans intérêt de son existence, des riens absurdes.


# Posted on Tuesday, 13 January 2009 at 12:34 PM

Edited on Friday, 17 July 2009 at 2:52 PM

Si une idéologie est une éthique à l'usage des masses, une éthique serait alors une idéologie à l'usage de l'individu. C'est ainsi que, déprimés de se percevoir comme des figurants atomisés d'un système matérialiste sans âme, bien des gens, d'ordinaire lecteurs occasionnels, se jettent sur n'importe quel ouvrage qui les encourage à trouver en eux l'énergie nécessaire pour combler leurs carences spirituelles et, ainsi, devenir les auteurs ou les acteurs de leur destinée. S'agit-il de l'influence de ces sagesses soldées sous le label New age ou sous l'appellation universitaire contrôlée d'éthiques, il est fréquent que j'entende autour de moi d'aucuns déclarer avec gravité "faire un travail" sur eux-mêmes, voulant signifier par là, si je les comprends bien, qu'ils entreprennent de transformer le plomb de leurs frustrations en l'or de la liberté et de la légereté. Surprenante quète alchimiste pour laquelle, dans un emploi du temps déjà bien chargé, le même système dont ils se plaignent semble malgré tout leur ménager un espace horaire. Moi que le métier de vivre épuise, je ne sais pourquoi l'espoir et la vitalité de ces candidats à une existence affranchie de la douleur et de l'ennui ne me disent rien qui vaille. Peut être parceque personne ne m'ennuie autant qu'un homme ou une femme dynamique qui ne s'ennuie jamais ou qui refuse de se laisser aller à la volupté d'être triste.

# Posted on Tuesday, 04 November 2008 at 7:23 PM